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Ciném’Apprendre – Une expérience source d’apprentissage pour le personnel de l’EHPAD : le film « The Father »

Publiée le 15/07/2021

En mai 2021 est sorti sur grand écran le film oscarisé « The Father » de F. Zeller. Au-delà de l’extraordinaire performance des acteurs (Anthony Hopkins et Olivia Colman), le sujet traité nous concerne en tant que citoyen et intervenant/soignant auprès de personnes âgées dépendantes. Elodie Cottel, psychomotricienne DE, en exercice chez DomusVi a eu l’idée de joindre l’agréable du cinéma et de la réouverture des lieux culturels, à l’utile de vivre une expérience filmographique source d’apprentissage. 

Elodie – « J’ai assisté à la pièce de théâtre dont est issu le film, en 2013, à Paris : l’incarnation des troubles de la mémoire, de la désorientation spatio-temporelle, des troubles de la gestualité, de la reconnaissance et de leurs conséquences sur la personne concernée et ses proches aidants est très forte. Dès lors, cette pièce est restée en moi comme un simulateur des maladies neurodégénératives : une véritable expérience sensorielle qui a été la base de mon empathie pour ce public. »

Dès la sortie du film, Elodie a pu confirmer sa perception : ce film peut apporter aux soignants de gériatrie une expérience sensorielle, émotionnelle, expérientielle et empathique pour nourrir leur posture professionnelle. Mais comment les encourager à y aller ?

C’est en accord avec la direction de l’EHPAD DomusVi Tiers Temps Toulouse Henri IV que le projet a pu être monté en interne : le directeur, M. Bourrat, a accepté de financer les billets de cinéma pour les soignants qui iront voir ce film. Pour en profiter ? Il a été organisé la possibilité d’y aller ensemble : ce projet peut aussi renforcer le dialogue et la cohésion d’équipe.

Vivre cette projection ensemble, et en parler, permet d’ancrer cette expérience immersive comme étant commune. Ce film permet d’aborder de manière distante les pathologies neurodégénératives telle que la maladie d’Alzheimer, les troubles du comportement, et de poser la question de l’accompagnement des résidents et des aidants. On touche du doigt le domaine de la qualité de vie au travail tant pour l’aspect immersif-formatif, que pour l’aspect de cohésion d’équipe. Et concrètement ?

Elodie - « J’ai coordonné la communication en interne avec des petits flyers distribués à chacun, incitant le personnel à découvrir le projet Ciném’Apprendre affiché en salle de pause. Nous avons aussi parlé de la qualité du film, du plaisir de profiter de la réouverture des lieux de culture ensemble. Ouvrir l’EHPAD, notre monde professionnel, à l’actualité culturelle, c’est aussi ouvrir la pensée ».

Rapidement, l’infirmière coordinatrice, les membres de l’équipe de rééducation et les psychologues croient au projet et le soutiennent. Et si on avançait un pas de plus ? Elodie prend alors contact avec la direction du Cinéma Gaumont Pathé de Toulouse, en centre-ville place Wilson, M. Paulard. Avec bienveillance et compréhension, il facilite l’organisation du projet.

Deux autres EHPAD du groupe DomusVi de Toulouse sont ainsi invités à se joindre à cette initiative Ciném’Apprendre. L’EHPAD de la Nouvelle Orléans avec son infirmière coordinatrice et sa directrice, Mme Devarenne, relayeront l’information en interne. Une occasion de créer une rencontre inter-établissements est née.

Première projection le 22 juin 2021, 7 soignants des deux EHPAD sont au rendez-vous en centre-ville, accueillis par M. Paulard et Elodie. Un cornet de pop’corns offert par Gaumont à la main, les soignants vont découvrir ensemble ce film touchant et réaliste.

A la fin de la projection, l’opportunité d’échanger ensemble est la bienvenue : les émotions brutes sont exprimées, le vécu de l’expérience de la désorientation par ce film, puis les souvenirs de résidents accompagnés en résidence émergent, les thématiques de la souffrance des personnes, du choix des familles sont abordés. Les soignants sont émus, ravis, et y voient la nécessité de « vivre ce film » dans leur approche de leurs fonctions professionnelles.

Le projet prend de l’ampleur. Le 29 juin 2021, ce sont 14 soignants des deux résidences qui se retrouvent pour la projection : avec enthousiasme et un grand plaisir d’être ensemble, les émotions et le regard professionnel sont de la partie. La même opportunité d’échange sur les fauteuils rouges du cinéma nous est laissée à la fin du film. S’élaborent aussi les notions de culpabilité de l’aidant, de traumatisme de vie influant les troubles du comportement des personnes une fois la maladie installée.

Un bel échange sur la désorientation temporelle et spatiale reliant la pratique professionnelle avec les résidents a lieu. Les soignants en disent quelques mots forts : « Tous les soignants d’EHPAD devraient voir ce film ! C’est trop important ! ».

D’ailleurs, chaque personne dans le fauteuil rouge y voit sa part professionnelle liée à la gériatrie : favoriser un environnement avec des repères propres à la personne accueillie et son histoire, s’informer des habitudes de vie des résidents, ne pas oublier que les familles sont dans un long parcours difficile lorsque le placement en EHPAD survient, comprendre que les comportements en apparence désorientés de nos résidents ont du sens pour eux, favoriser dès que possible l’accueil des émotions comme elles viennent et sans les juger, revoir sa posture professionnelle comme étant accueillante et soutenante, … Un simulateur de vieillissement et de pathologie neurodégénérative accessible à tous !

Elodie s’interroge pour poursuivre : pourquoi pas s’appuyer sur ce film pour réaliser des formations et analyses de pratiques. Chacun pourra trouver une possibilité de rebondir sur ce jeu d’acteur si juste, pour nourrir notre compréhension et notre empathie professionnelle de soignant d’EHPAD.

Cette ouverture culturelle permet une prise de distance vis-à-vis de son quotidien professionnel tout en le nourrissant. Dans un collectif affaibli par la crise, réinvestir ainsi des projets qui portent l’accompagnement, c’est aussi réaffirmer le sens de son travail.